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Plus vite que le son
Extrait du
livre
de JP Le Moel "
Concorde
".
Mur du son ? Quésaco ?
Une petite explication s'impose.
Un animal tant soit peu doté de réflexion comme
devaient déjà l'être les premiers hommes
n'a pu manquer de s'interroger sur la relation éclair
tonnerre. Pourquoi le son leur parvenait-il plus ou moins longtemps
après le terrifiant "Z" ? Dès qu'ils
surent compter et mesurer, ils en calculèrent la vitesse.
Quel intérêt, sinon de pouvoir dire que l'orage
se situait à telle ou telle distance ?
Un physicien autrichien lui consacra une bonne partie de sa
vie, à la fin du siècle dernier. Il découvrit
que la vitesse du son variait en fonction de la température.
Les physiciens ont horreur des variables ; ce brave homme voulait
une constante, il lui donna son nom : le son se déplace
à Mach 1, dans l'air.
Ce qui, au sol par 15°C de température, représente
340 mètres à la seconde, soit 1 225 km/h ( 761
mph, 661 noeuds (kts)) mais seulement 294 m/s, 1 060 km/h (
658 mph, 572 kts) dans la stratosphère par - 56,5°C.
On ne voyait toujours pas l'intérêt ! Jusqu'à
la découverte de ce mur, un peu spécial, il faut
le
dire.
Quand un corps se déplace dans l'air il crée
des ondes concentriques à la façon d'un caillou
que vous jetez dans une mare. Celles-ci se meuvent à
la vitesse du son, c'est-à-dire plus vite que l'objet.
Elles avertissent, en quelque sorte, l'atmosphère de
se préparer au passage de l'intrus.

C'est ce qui explique les bonnes relations entre l'air et les
avions jusqu'à Mach 0,70 ( 800 km/h
environ). Quand le son arrive tout juste avant et, encore pire,
en même temps, l'atmosphère fronce les sourcils,
grogne, se met en boule, refuse de se laisser forcer, dresse
un barrage : le mur. Au-delà de ce passage difficile,
sorte de sas transsonique, les choses se normalisent, sauf qu'on
entre dans un domaine où les lois aérodynamiques
changent. (Nous verrons ce point un peu plus loin).
Ce phénomène peut être mis en parallèle
avec le comportement d'une coque de bateau sur l'eau. En régime
fendant (comparable au régime subsonique), la vague d'étrave
s'allonge en fonction de la vitesse. Lorsqu'elle atteint la
longueur de flottaison, la résistance à l'avancement
(traînée en aéronautique) devient telle
qu'elle définit une vitesse limite (comparable au Mach
limite pour les avions subsoniques). Pour franchir ce sas et
passer en régime que j'appellerais planant, il faut un
surcroît important de poussée (qu'elle provienne
des voiles ou de l'hélice). La vague d'étrave
est reportée en arrière et le navire surfe en
quelque sorte sur elle. La poussée nécessaire
diminue et augmente ensuite proportionnellement à la
vitesse, qui n'est pratiquement plus limitée que par
la puissance disponible. (Nous verrons plus loin que les poussées
nécessaires varient selon une courbe identique pour passer
du subsonique au supersonique).
Un mur, ou on le démolit ou on passe par-dessus ! Indémolissable,
celui-ci, même avec un bulldozer ! D'autant que ces lourdauds
n'ont guère l'habitude de prendre l'air, sauf le temps
d'une colère de cyclone. Pour sauter par-dessus, il aurait
fallu sortir de l'atmosphère. Prématuré.
Restait la technique du passe-muraille qu'on trouve dans de
nombreux contes. A la force succéda donc la ruse. On
étudia le mur sous toutes ses formes : de quel matériau
étaient faites les briques ? Quelle sorte de joint les
liait entre elles ? Il n'eut bientôt plus de secret. Les
travaux du grand-père Mach servirent enfin à quelque
chose ! On modifia la forme des avions, des ailes au nez, et
le miracle se produisit : par une belle journée ensoleillée,
un avion et son pilote se retrouvèrent de l'autre côté
du mur. Son nom, allez-vous me demander ? Rappelez-vous ce que
je vous ai dit au début de cette histoire. Laissez-moi
plutôt vous raconter une jolie anecdote que je tiens d'un
de mes pilotes d'essais.
Il s'était cassé le nez lui aussi sur ce fameux
mur, mais s'en était sorti, car on commençait
déjà à s'en méfier ! Il était
de bon ton de se disputer parmi les pilotes pour savoir lequel
avait passé le premier la fameuse barrière. Etait-ce
un Américain, un Anglais, un Russe ou un Français
? Cela nous rappelle l'histoire du premier vol ! Eh bien ce
n'était ni un Français, ni un Russe, ni un Américain
ni un Anglais mais un... Allemand.
Pendant la dernière guerre ? A bord d'un Messerschmitt
à réaction, un prototype tenu secret ?
Que non pas : bien avant. Le premier homme à passer
le mur du son fut le baron de Crach. Le fameux baron, allemand
bon teint, multipliait les expériences les plus originales.
Il eut l'idée de se mettre à califourchon sur
un affût de canon et d'enfourcher l'obus à sa sortie.
Depuis,c'est devenu une attraction de cirque, connue sous le
nom d'homme-canon. Il y a belle lurette que les balles ou obus
divers se déplacent à une vitesse supérieure
à celle du son, et vous arrivent donc dessus sans crier
gare. A l'époque où vivait le baron il n'y avait
pas de physicien assez compétent pour calculer la traînée
supplémentaire ajoutée à l'obus par son
chargement humain. Ne gâchons pas notre plaisir et admettons
qu'elle était nulle, ce qui fait du baron de Crach incontestablement
le premier homme supersonique.
Les pilotes d'essai sont partageurs. Au lieu de s'enfermer
dans leur petit club d'hommes supersoniques, ils en ouvrirent
tout grand les portes. Aux militaires d'abord. Les chasseurs
supersoniques proliférèrent.
Extrait du
livre
de JP Le Moel "
Concorde
".
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